Psychiatrie
Mort subite et antidépresseurs : risque majoré lors de la prise prolongée
La prise prolongée d'antidépresseurs augmenterait significativement le risque de mort subite cardiaque, particulièrement après 6 ans d'utilisation.

Les troubles psychiatriques sont associés à un risque accru de mortalité toutes causes confondues, notamment par mort subite cardiaque. Afin de mieux comprendre cette relation, une étude danoise a examiné l’incidence des mort subite cardiaque chez des patients âgés de 18 à 90 ans ayant des troubles psychiatriques, avec un accent particulier sur l'influence de la durée d'exposition aux antidépresseurs.
Parmi 4,3 millions d’habitants étudiés, 45 701 décès dont 6002 morts subites cardiaques ont été recensées en 2010. Les résultats principaux, publiés dans Heart (The BMJ), montrent que l’utilisation d'antidépresseurs augmente significativement le risque de mort subite cardiaque, avec une élévation marquée chez les utilisateurs prolongés (2,2 fois plus élevé après 6 ans ou plus d’utilisation).
Un risque temps-dépendant
Les résultats soulignent que le risque de mort subite cardiaque dépend fortement de la durée d’exposition aux antidépresseurs et varie selon les groupes d'âge. Ainsi, une exposition de 1 à 5 ans aux antidépresseurs augmente le risque de mort subite cardiaque de 56 % comparativement aux personnes non exposées. Ce risque est multiplié par 2,2 chez ceux exposés pendant 6 ans ou davantage.
Chez les personnes de 30 à 39 ans, le risque est triplé pour 1 à 5 ans d’exposition, atteignant jusqu’à cinq fois plus chez les utilisateurs à long terme. Pour les personnes âgées de 50 à 59 ans, l’exposition de 1 à 5 ans double le risque de mort subite cardiaque et le quadruple après plus de 6 ans d’usage. Chez les personnes âgées de 70 à 79 ans, ce risque reste significatif, avec une augmentation de 83 % pour une exposition de courte durée (1-5 ans) et un doublement du risque après 6 ans ou plus d’utilisation.
La différence entre les périodes d’exposition de 1 à 5 ans et de 6 ans ou plus est particulièrement marquée entre 40 et 79 ans, diminuant progressivement avec l’âge. Toutefois, cette association n’était pas significative chez les moins de 30 ans ni chez les plus de 80 ans.
Une étude nationale sur un registre danois
Ces données proviennent d'une analyse exhaustive menée au Danemark sur toutes les morts survenues en 2010, impliquant une revue systématique des certificats de décès et des rapports d’autopsie. L'exposition aux antidépresseurs était définie par la délivrance d'au moins deux prescriptions d’antidépresseurs sur une période de 12 ans précédant l’année du décès. Bien que robuste, cette méthodologie peut néanmoins inclure des biais liés à la sévérité sous-jacente des troubles psychiatriques ou à des facteurs comportementaux et sociaux associés à la dépression. La représentativité élevée des données danoises permet cependant d'envisager une généralisation prudente à d'autres populations similaires.
Selon les auteurs, ces résultats ont des implications directes en pratique médicale : ils soulignent la nécessité d’un suivi cardiovasculaire rigoureux des patients sous traitement antidépresseur à long terme. Ils ouvrent également la voie à une réflexion sur la gestion thérapeutique, en pesant systématiquement les bénéfices psychiatriques contre les risques cardiovasculaires potentiels. Sur le plan de la recherche future, ces données incitent à explorer les mécanismes physiopathologiques précis reliant l’usage chronique des antidépresseurs à l'augmentation du risque de mort subite, ainsi qu’à identifier des marqueurs spécifiques susceptibles de mieux cibler les patients à risque élevé.