Pneumologie

Des échographies thoraciques fiables par des non-experts grâce à l’intelligence artificielle

 

 L'intelligence artificielle permet des échographies pleurales de qualité réalisées par des non-experts. Des appareils d’échographie équipés de logiciels apportent de images de qualité permettant de faire des diagnostics concordants avec ceux des experts en échographie. D’après un entretien avec Gilles MANGIAPAN.

  • 03 Avr 2025
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    Une étude, dont les résultats sont parus en février 205 dans le JAMA Cardiology, a cherché à démontrer l’intérêt et l’efficacité d’un algorithme d’intelligence artificielle placé dans un appareil d’échographie ultraportable. Pour cela, les auteurs ont créé deux groupes d’opérateurs. Un premier groupe était constitué de professionnels de santé non experts en échographie, sans expérience, comportant 21 sujets dont 4 médecins, 12 infirmières et des techniciens de laboratoire ou pharmacie. Ces personnels soignants ont bénéficié de deux heures de formation à l’échographie. Parallèlement, un groupe de médecins experts en échographie a réalisé des échographies de manière conventionnelle. Les non-experts ont réalisé une échographie chez des patients présentant une suspicion d’œdème aigu du poumon, en explorant huit zones (quatre par champ pulmonaire), grâce à l’appareil portable équipé de l’algorithme. L’appareil portable a déterminé lui-même les clips enregistrés. Lorsque le logiciel n’arrivait pas à choisir les clips, une aide humaine pouvait choisir les meilleurs clips. Au total, 76 patients ont été inclus dans l’étude et 163 échographies ont été réalisées. Le patients venaient soit d’un service de cardiologie soit des urgences.

     

     

    L’échographie thoracique tient une place de plus en plus importante

     

    Le docteur Gilles MANGIAPAN, pneumologue au Centre Hospitalier Intercommunal de Créteil, félicite ce travail qu’il trouve fortement intéressant. En préambule, il rappelle que l’échographie prend une place de plus en plus importante en pathologie respiratoire, notamment dans la prise en charge des urgences pneumologiques. L’intérêt majeur  de l’échographie ne fait aucun doute dans les diagnostics de pneumonie et devient l’examen de première intention. Elle est également utile en comparaison de l’échographie cardiaque, pour le diagnostic d’œdème pulmonaire aigu. Toutefois, Gilles MANGAIPAN précise que la limite de l’échographie est qu’elle est très opérateur dépendante mais que l’échographie thoracique est celle qui souffre le moins de cette limite. Une formation adaptée pour le diagnostic de pleurésie ou de pneumothorax peut être réalisée en quelques heures, afin de répondre par oui ou par non à ces diagnostics à l’aide d’une simple échographie. Les auteurs de ce travail ont donc proposé l’aide de l’intelligence artificielle pour aider à trouver une image diagnostique de qualité, en cas de suspicion d’œdème aigu du poumon, grâce notamment à un comptage correct des lignes B.

     

     

    Des messages de qualité qui rendent la perspective intéressante

     

    Gilles MANGIAPAN précise que ls résultats ont montré que 98% des clips capturés par l’intelligence artificielle étaient optimaux pour faire le diagnostic d’œdème aigu du poumon. Il n’existe aucune différence entre les images enregistrées par l’intelligence artificielle et celles enregistrées par les experts. Il précise que l’intelligence artificielle a montré des images supérieures en termes  qualité sur la zone inféro-antérieure gauche, qui est la plus complexe à explorer. Elle fait donc mieux que les experts en certaines circonstances particulières. De plus, Gilles MANGIAPAN relève que dans le groupe des non experts aucune différence n’a été observée entre les médecins et les non médecins, en dehors du temps d’acquisition des clips qui est plus court chez les médecins que chez les autres professionnels. Enfin, il souligne que chaque patient bénéficiait de deux échographies, une par groupe d’opérateurs, à moins d’une heure d’intervalle l’une de l’autre, ce qui renforce les résultats. Il conclue donc que l’intelligence artificielle, grâce à  algorithme prédéterminé, dans un appareil d’échographie ultra portable permet de capturer des images pour faire un diagnostic de qualité dans 98% des cas, ce qui offre des perspectives très intéressantes, notamment pour le comptage des lignes B.

     

     

    En conclusion, l’utilité de la médecine à distance n’est plus à démontrer, et contrairement à d’autres domaines, elle  ne fait pas disparaitre d’emploi mais permet d’aider à lutter contre les déserts médicaux. La formation en échographie est simple dès lors que la confiance de l’opérateur est suffisante. L’intelligence artificielle peut combler le manque de confiance en confirmant que l’image et l’acquisition son  correctes. Des logiciels de comptage des lignes B existe déjà dans certains appareils d’échographie. Technique à suivre….

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