Ophtalmologie
Myopie : un risque proportionnel au temps d’écran
Le risque de développer une myopie serait bien en lien avec le temps passé devant les écrans : chaque heure de temps passé devant un écran numérique serait associée à une augmentation de 21% du risque de myopie
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- Motortion/iStock
Une pandémie de myopie. C’est comme cela que l’OMS caractérise depuis quelques années la myopie. En effet, en 2050, on estime qu’au moins la moitié de la population mondiale sera myope, soit près de 5 milliards de personnes.
L’association entre le temps d’exposition aux écrans et ce trouble de l’acuité visuelle est déjà connue mais sans chiffrage de la relation dose-réponse ni du seuil de mise en danger. Une équipe coréenne a donné une réponse qui confirme, hélas, le rôle négatif des écrans sur nos yeux.
Une méta-analyse sur 45 études et 335 524 jeunes patients
Cette revue systématique et méta-analyse « dose-réponse » coréenne a été effectuée sur 45 études incluant 335 524 patients (âge moyen [SD], 9,3 [4,3] ans), issues des bases de données PubMed, Embase, Cochrane library, CINAHL et ClinicalTrials.gov. La sélection s’est portée sur des articles complets parus dans des revues évaluées par des pairs, sans restriction concernant la conception de l'étude, la date de publication ou la langue, depuis la création de la base de données jusqu'au 25 novembre 2024. Parmi les 45 études incluses, 33 ont défini la myopie sur la base de l'équivalent sphérique 28-60 tandis que 12 se sont appuyées sur des questionnaires autodéclarés.
L’évaluation a concerné les articles de recherche portant sur l'association entre l'exposition aux écrans numériques (smartphones, tablettes, consoles de jeux, ordinateurs ou télévision) et les résultats liés à la myopie (prévalence ou incidence de la myopie et taux de progression de celle-ci). Deux examinateurs ont, par ailleurs, effectué une recherche indépendant et extrait les données à l'aide d'une procédure normalisée et en analysant la littérature tout en effectuant une vérification croisée des listes de référence. Une méta-analyse dose-réponse à effets aléatoires (DRMA) a été utilisée pour examiner le modèle d'association entre le temps passé devant un écran et la myopie.
Rien qu’une heure supplémentaire augmente le risque
Dans la DRMA linéaire, une heure supplémentaire de temps d'écran quotidien est associée à un risque plus élevé de myopie (odds ratio [OR], 1,21 ; IC à 95 %, 1,13-1,30). L'analyse DRMA non linéaire de 34 études portant sur 314 910 participants montre également que le risque de myopie augmentait avec le temps passé devant un écran, allant d'une heure d'exposition quotidienne (OR, 1,05 ; IC à 95 %, 1,01-1,09) à 4 heures (OR, 1,97 ; IC à 95 %, 1,56-2,40). La courbe dose-réponse a montré que le risque de myopie augmentait de manière significative entre 1 et 4 heures d'exposition quotidienne à l'écran, puis augmentait plus progressivement après 4 heures.
Chaque heure supplémentaire de temps d'écran numérique quotidien est donc associée à des probabilités significativement plus élevées de myopie. La DRMA non linéaire a mis en évidence un schéma sigmoïdal entre le temps passé devant un écran numérique et la myopie, avec une augmentation prononcée des probabilités entre 1 et 4 heures d'exposition quotidienne. L'association est restée insignifiante pour une exposition à l'écran allant jusqu'à 1 heure par jour, ce qui suggère l'existence d'un seuil de sécurité potentiel.
Le temps passé devant les écrans fortement en cause
Il s’avère donc que l’augmentation quotidienne d'une heure du temps passé devant un écran numérique était associée à une augmentation de 21% du risque de myopie et que le temps passé devant un écran était en lien avec une majoration de la prévalence et de progression de la myopie. Les résultats concernant l'incidence de la myopie n'étaient pas statistiquement significatifs.
Selon les chercheurs, ces éléments soulignent l’importance des mesures de prévention permettant de lutter contre cette pandémie de myopie et ses possibles pathologies associées menaçant la vue, comme la dégénérescence maculaire, le décollement de la rétine et le glaucome.