Enquête
Détresse psychologique au travail : un salarié sur deux est concerné
Individualisme, manque de reconnaissance... Près d’un salarié français sur deux se dit en détresse psychologique à cause de son environnement de travail, selon une enquête d’opinion.

- Par Stanislas Deve
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- Jacob Wackerhausen / istock
Symptômes dépressifs, épuisement... Près d'un salarié français sur deux (45 %) se dit en état de détresse psychologique, selon une récente enquête menée par OpinionWay et le cabinet Empreinte humaine auprès de 2.030 personnes. Plus inquiétant encore, 13 % des travailleurs se considèrent en détresse psychologique "élevée" et 29 % présentent un risque de dépression à court ou moyen terme, un chiffre en augmentation par rapport à l'année précédente, selon les résultats du sondage dévoilés le mardi 1er avril.
L'entreprise, un facteur clé de la souffrance
Pour sept salariés sur dix (70 %), l’entreprise et le travail jouent un rôle clé, "au moins partiellement", dans leur sentiment de mal-être. "Depuis la crise sanitaire, l'état psychologique des salariés français reste particulièrement dégradé. Cela contribue à augmenter encore un peu plus l'absentéisme, puisque les problèmes psychologiques sont la première cause d'arrêt de travail", explique Christophe Nguyen, psychologue du travail et président d'Empreinte humaine. A noter que certains profils sont plus vulnérables que d'autres : les femmes (52 %), les salariés de 30 à 39 ans (54 %) et les employés (53 %) sont particulièrement touchés par cette souffrance au travail.
Le poids de la culture de l'individualisme
Pas moins de 60 % des salariés estiment que l'individualisme s'est accentué dans leur entreprise, alimentant leur détresse psychologique. La moitié des personnes interrogées déclarent ainsi que leur environnement professionnel les pousse à privilégier des objectifs individuels plutôt que collectifs. Parmi les causes identifiées figurent un manque de reconnaissance collective (44 %), une pression accrue sur les performances individuelles (39 %) ou encore une compétition encouragée par la fixation d'objectifs personnels.
"Ces résultats montrent qu’il est urgent d’améliorer l’environnement de travail des salariés. Les entreprises prennent de plus en plus le problème au sérieux, mais c’est loin d’être suffisant", souligne Christophe Nguyen. Malgré l'ampleur du problème, seuls 35 % des salariés considèrent que leur entreprise met en place un plan d'action efficace pour prévenir les risques psychosociaux."La plupart des entreprises tentent d'agir sur la prévention, mais on constate régulièrement des défaillances au niveau de la communication", regrette le psychologue du travail. Comment réconcilier bien-être au travail et exigences de performance ? Tel est, selon lui, le défi que les entreprises devront relever au plus vite pour éviter une crise de santé mentale parmi les salariés.