Pneumologie
BPCO : analyser la voix, une idée plutôt maligne
L'analyse des paramètres de la voix des patients atteints de BPCO est corrélée aux à leur état clinique, observé au cours des exacerbations et après leur traitement. Le développement de cet outil simple pourrait permettre d’identifier les exacerbations de la BPCO voire de les anticiper. D’après un entretien avec Pauline HENROT.

Une étude, dont les résultats sont parus en février 2025 dans l'International Journal of Chronic Obstructive Pulmonary Disease, a cherché à démontrer l’intérêt de l’enregistrement de la voix des patients atteints de BPCO au cours d’hospitalisations pour exacerbations ainsi qu’à déterminer si les paramètres de la voix peuvent constituer un critère de suivi ou de détection précoce des exacerbations. Il s’agit d’une étude monocentrique, prospective, incluant des patients atteints de BPCO alors qu’ils étaient hospitalisés pour une exacerbation sévère. Au total, 50 patients ont été inclus (52% d’hommes et 48% de femmes), dont 22% étaient GOLD 2, 44% étaient GLOD 3 et 32 %GOLD 4. Leur voix a été enregistrée et analysée à l’aide de près d’une centaine de paramètres, au début de l’hospitalisation et juste avant leur sortie. Les paramètres vocaux ont ensuite été corrélés à l’échelle BORG, aux résultats des EFR et à l’état clinique des patients.
Un outil simple et non invasif
Le docteur Pauline HENROT, rhumatologue au Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux et porteuse d’un projet de recherche sur la faiblesse musculaire des patients atteints de BPCO, précise que l’analyse de la voix des patients atteints de BPCO fait également l’objet d’une étude « flashmob » lancée aux Pays-Bas le jour de la journée mondiale de la BPCO (www.speaktocopd.com), travail qui a été évoqué lors des journées de la BPCO à Lille en décembre 2024, afin d’inciter à l’inclusion de patients. Elle explique que l’idée est d’analyser les caractéristiques de la parole des patients. Pour Pauline HENROT, la méthodologie est solide car les auteurs ont pris en compte de nombreuses caractéristiques de la voix, avec des paramètres complexes qui vont au-delà du rythme, des pauses, du bégaiement ou encore de la toux. Près d’une centaine de paramètres ont été analysés grâce à un algorithme d’intelligence artificielle. Pauline HENROT précise que l’un des avantages est que le patient est son propre témoin. Les résultats ont montré qu’il existe une bonne corrélation entre les paramètres de la voix observés et l’état clinique des patients, mais une corrélation encore meilleure entre l’évolution des paramètres de la voix et des symptômes. Cet outil peut donc être utile pour le suivi des patients à distance, grâce à un enregistrement de la voix sur smartphone. Elle précise que dans ce travail , l’analyse de la voix a été utilisée au cours de la guérison des exacerbations mais elle pourrait facilement être extrapolée pour détecter précocement les exacerbations.
Des résultats encore à affiner
Pauline HENROT, tout en félicitant ce travail, évoque quelques limites qui incitent à affiner encore cet outil plein d’avenir. En effet, lors du second enregistrement de la voix, les patients étaient encore hospitalisés, ce qui correspond à la phase précoce de la récupération de l’exacerbation mais pas à une guérison et, de même, les modifications de la voix en phase précoce de l’exacerbation (avant l’hospitalisation) n’ont pu être capturées. D’autre part, le délais entre deux enregistrements est variable d ‘un patient à l’autre. De plus, l’effectif des sujets inclus comporte uniquement des patients sévères, avec un GOLD 3 ou 4 pour les deux tiers des patients. D’autre part, Pauline HENROT relève que 98% des patients ont été traités par corticothérapie à l’admission et qu’il est possible que cela ait un impact sur le traitement des signaux de la voix. Elle précise également qu’il existe une bonne corrélation entre les paramètres de la voix et les paramètres des EFR, mais que d’autres indicateurs que l’échelle BORG auraient pu être utilisés. Ce travail évoque donc l’analyse de l’évolution de la voix pour un patient donné et ne représente que le début du développement de cette technique intéressante, qui va nécessiter d’autre travaux.
En conclusion, l’analyse de la voix des patients atteints de BPCO est un outil simple à mettre en place et non invasif qui, à l’aide de l’intelligence artificielle, a un avenir certain pour l’analyse des signaux et le suivi à distance de ces patients, notamment pour la détection et le suivi des exacerbations. Un outil parfaitement reproductible, ludique et surtout très utile, à valider dès que possible…
Pauline HENROT remercie Loes van Bemmel et Lauren Reinders, doctorantes à l’Université de Maastricht, ainsi que le porteur de projet Dr Sami Simons, pour les discussions autour du sujet de l’analyse de la voix des patients atteints de BPCO. Pour plus d’informations : www.speaktocopd.com