Neurologie
SEP et troubles de la marche : réelle efficacité de l’exercice sur tapis de course
L’exercice physique sur tapis de course aurait un effet très positif sur la distance de marche et les difficultés rencontrées par les personnes souffrant de SEP avec un handicap modéré.
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- Prostock-Studio/iStock
La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune qui affecte le système nerveux centrale (SNC) et a un retentissement possible sur la marche avec des manifestations plus ou moins invalidantes.
Une étude française (AEROSEP), publiée par L’équipe de Médecine Physique et Réadaptation (MPR) de l’hôpital Saint Philibert à Lille, a ainsi évalué l'efficacité d'un programme d'entraînement sur tapis roulant de 6 semaines à la fréquence cardiaque au premier seuil ventilatoire (HRVT1) sur la distance de marche par rapport à un groupe témoin chez des personnes atteintes de SEP.
Des échelles d’évaluation précises
Comme précisé par les chercheurs, les déficits de la marche et le handicap qu’elles entrainent sont évalués grâce à l'échelle EDSS (Expanded Disability Status Scale) lorsque les patients atteints de SEP (PwMS) présentent une réduction du périmètre de marche (Kurtzke, 1983). En effet, à partir du stade 4 de l'EDSS, les patients atteints de SEP ont une limitation du périmètre de marche inférieure à 500 mètres.
De plus, chez ces patients, le schéma de marche s'aggrave lors du test de marche de 6 minutes (Escudero-Uribe et al., 2019). Cela a un impact sur la qualité de vie, réduit l'activité physique, augmente le risque de déconditionnement et de chutes et alourdit le fardeau socio-économique de la maladie (Cohen, 2010 ; Larocca, 2011 ; Sandroff et al., 2015).
Un programme d'entrainement de 6 semaines
Sur la base de nombreuses considérations énumérées précisément par les chercheurs dans SageJournals, l'objectif principal de cette étude prospective, multicentrique, contrôlée, randomisée et ouverte, était d'évaluer l'efficacité d'un programme d'entraînement sur tapis roulant de 6 semaines sur la distance de marche au 1er seuil ventilatoire (VT)1 par rapport à un groupe témoin chez des personnes souffrant d'un handicap modéré.
Les objectifs secondaires étaient d'évaluer la corrélation entre la fréquence cardiaque(FC) à VT1 (HRVT1) et celle à celle obtenue à la fin au 6MTW (test de marche de 6 minutes) (HR6MWT), et de mesurer l'impact de l'entraînement sur tapis roulant sur la perception des troubles de la marche, la fatigue et la qualité de vie des patients.
Cette étude prospective et multicentrique a inclus 46 personnes atteintes d'un handicap modéré, réparties au hasard selon un ratio 1 :1 entre le groupe d'entraînement (TG) et le groupe témoin (CG). Les critères d'inclusion étaient un âge de 18 à 65 ans, un diagnostic de SEP confirmé par un neurologue selon les critères révisés de McDonald (Polman et al., 2005), un score EDSS (Expanded Disability Status Scale) compris entre 4 et 5,5, pas de rechute au cours des 6 dernières semaines et ni de bolus de corticostéroïdes reçu au cours des 4 dernières semaines. Les patients ont effectué un test d'effort cardio-pulmonaire pour déterminer la HRVT1.
Un programme de marche détaillé
Le groupe TG a réalisé un programme d'entraînement à la marche sur tapis roulant à HRVT1 : 18 séances (3 séances/semaine) sur 6 semaines. La distance au test de marche de six minutes (6MWT), la marche chronométrée de 25 pieds (soit 7,62 mètres), la capacité de marche rapportée par le patient, l'échelle d'équilibre de Berg, l'échelle de fatigue, la FC à la fin du 6MWT (HR6MWT) ont été recueillies au début de l'étude, à 6 semaines et à 12 semaines.
Les patients de l'étude TG ont en fait participé à un programme d'entraînement à la marche sur tapis roulant Technogym ® (Excite Run 1000, Casena, Italie) qui comprenait 18 séances (3 séances par semaine) sur 6 semaines. Les séances d'entraînement étaient supervisées par des physiothérapeutes et comprenaient 20 minutes de marche sur tapis roulant à la fréquence cardiaque au premier seuil ventilatoire (HRVT1).
L'intensité de l'entraînement au HRVT1 était sûre, couramment recommandée en réadaptation cardiaque pour induire des bénéfices cliniques et susciter des adaptations physiologiques significatives (Prado et al., 2016). La vitesse du tapis roulant a été ajustée pour chaque patient en fonction de son handicap et de sa fréquence cardiaque. Si le handicap d'un patient empêchait une augmentation de la vitesse de marche pour maintenir la VRC1, l'inclinaison du tapis roulant était progressivement augmentée. L'adhésion à la session d'entraînement a été enregistrée.
Un maintien des activités habituelles
Parallèlement, les patients des groupes TG et CG ont poursuivi leur thérapie physique (étirements, renforcement musculaire, entraînement à l'équilibre et à la marche). Entre les semaines 6 (W6) et 12 (W12), les patients des groupes TG et CG n'ont suivi que leur rééducation habituelle. Afin d'isoler les effets de l'intervention, il a été demandé aux patients de ne pas commencer de nouvelle activité ou de ne pas recevoir de thérapie physique supplémentaire.
L'apparition d'événements indésirables (EI) a été enregistrée. Les patients ayant subi un EI ont fait l'objet d'une évaluation médicale afin de déterminer la gravité de l'événement et de décider s'ils pouvaient poursuivre le programme d'entraînement.
Des résultats convaincants
La distance du 6MWT a montré un effet de groupe global significatif (30,6 m ; 95%CI = (6,6 ; 54,6) ; p = 0,017). L'impact perçu de la marche était significativement réduit dans le groupe TG (-6.1 ; 95% CI = (-9.2 ; -2.9) ; p = 0.0006). Aucune corrélation n'a été trouvée entre HRVT1 et HR6MWT.
L’entraînement aérobique sur tapis roulant a significativement amélioré la distance et la vitesse de marche, l’équilibre, et a réduit les difficultés de marche perçues chez les personnes atteintes de SEP et présentant un handicap modéré.
Selon les chercheurs, l’importance de ces améliorations peut être liée au choix d’entrainement sur la tapis roulant (à HRTV1) qui a été déterminé par test d’effort. Le HRMWT n’était pas corrélé au HRVT1, donc le 6MWT n’était pas un outil valide pour prescrire l’intensité de l’exercice aérobique. Ceci suggère que le test d’effort est nécessaire pour évaluer avec précision la capacité aérobie avant de prescrire des exercices aérobies.
Dans un post LinkedIn, le Dr Cécile Donzé, membre de l'équipe, souligne les résultats positifs de cette étude avec +30,6 mètres parcourus en moyenne au test de marche de 6 minutes après 6 semaines d’entraînement, une réduction significative des troubles perçus de la marche (-6,1 points) et un protocole sécurisé et efficace, basé sur la fréquence cardiaque au premier seuil ventilatoire (HRVT1), optimisant les bénéfices sans risque accru. Elle précise que ces résultats confirment l’importance du réentraînement à l’effort en rééducation des patients SEP pour améliorer leur autonomie et qualité de vie.