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Greffe de foie de porc sur l’Homme : un espoir pour les patients en attente ?
Des chercheurs ont annoncé avoir réussi, pour la première fois, à greffer et rendre fonctionnel pendant quelques jours un foie de cochon génétiquement modifié chez un humain cliniquement mort.

- Par Stanislas Deve
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- Shuttermon / istock
C’est une nouvelle preuve de la viabilité des greffes expérimentales de l’animal à l’Homme, ou xénogreffes. Une équipe de scientifiques chinois a récemment réalisé une première historique en transplantant un foie de cochon génétiquement modifié sur un être humain. Si cette performance ne constitue pas encore une solution médicale immédiate (le patient receveur était en état de mort cérébrale), elle représente une avancée majeure dans la recherche sur la xénotransplantation. Les résultats ont été détaillés dans la revue Nature.
Un foie de cochon génétiquement modifié
L'expérience, menée à l'hôpital Xijing de l'université médicale militaire de Xi'an, a eu lieu en mars 2024. Le foie provenait d'un cochon miniature dont six gènes avaient été modifiés pour limiter les risques de rejet et optimiser la compatibilité avec l'humain. "C'est la première fois que nous essayons de déterminer si le foie de porc peut fonctionner correctement dans le corps humain", explique le Dr Lin Wang, co-auteur de l'étude, dans un communiqué.
Pendant dix jours, le foie greffé a fonctionné sans complications, assurant un flux sanguin stable et produisant de la bile ainsi que de l'albumine, une protéine essentielle à la régulation des fluides corporels. "Le foie greffé a vraiment bien fonctionné" et "sécrété sans problème de la bile" comme de l'albumine, souligne le chercheur, précisant toutefois que la production de ces substances était inférieure à celle d'un foie humain.
Cette expérience s'inscrit dans la recherche d'une "thérapie de transition" permettant de soutenir temporairement un patient souffrant d'insuffisance hépatique en attendant une greffe humaine. Contrairement à une transplantation totale, le foie d'origine du patient avait été laissé en place afin de limiter les perturbations : on appelle cela une greffe "auxiliaire".
Un espoir face à la pénurie d'organes
Les experts restent prudents quant à l'application clinique de cette technologie. "Cela ne saurait remplacer la transplantation d'un foie issu d'un donneur humain - en tout cas pas à court terme", prévient le professeur Peter Friend, spécialiste des greffes à l'université d'Oxford. Toutefois, l'étude confirme que les organes de porc pourraient à terme constituer une alternative viable.
La xénotransplantation suscite un intérêt croissant en raison de la forte demande en greffons. En 2023, plus de 41.000 greffes de foie ont été réalisées dans le monde, mais de nombreux patients attendent des mois avant de recevoir un organe, parfois sans succès. "L'optimisation de cette approche pourrait élargir le pool d'organes disponibles et sauver des vies en cas d'urgence hépatique", souligne Iván Fernández Vega, professeur à l'université d'Oviedo en Espagne.
Bien que des greffes de cœurs et de reins de porc aient déjà été tentées aux États-Unis, le foie pose un défi particulier en raison de ses multiples fonctions. "Nous ne savons pas combien de temps le foie de porc aurait pu fonctionner", reconnaît le Dr Wang. L'expérience a été arrêtée après dix jours à la demande de la famille du patient. Si des recherches supplémentaires sont encore nécessaires, cette avancée marque une étape cruciale vers l'utilisation d'organes animaux pour pallier la pénurie de greffons humains.