Conditions de travail
Les livreurs de repas à deux roues exercent un métier dangereux pour leur santé
L’Anses met en évidence les conséquences sanitaires de la pression constante, de l’isolement et de l’environnement de travail difficile auxquels sont confrontés les livreurs des plateformes de livraison de repas à domicile.

- Par Geneviève Andrianaly
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- Daisy-Daisy/iStock
Uber Eats, Deliveroo, Just Eat… Les adultes exerçant le métier de livreur pour ces plateformes numériques de service, largement développées et utilisés en France pour commander des biens ou des services notamment des repas, risquent de voir ou voient déjà leur santé se dégrader. C’est ce qu’a signalé l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans un communiqué publié le 26 mars. Elle s’est penchée sur les conditions de travail de ces personnes, dont le suivi est compliqué par l’organisation spécifique du secteur et le statut d'indépendant des travailleurs, car "la Directive européenne (UE) 2024/2831, adoptée le 11 novembre 2024, sera prochainement transposée en droit français."
Le management algorithmique, le statut des travailleurs et les conditions de travail pointés du doigt
Afin d’identifier et évaluer les dangers pour la santé des livreurs de repas des plateformes numériques, l’autorité sanitaire a étudié l’impact des facteurs de risques associés au modèle économique des plateformes, à leurs modalités d’organisation du travail, à l’environnement réglementaire, au statut des travailleurs, ainsi qu’à l’activité de livraison en elle-même. Selon l’expertise, le management algorithmique, qui incite à enchaîner les courses et fonctionne sans interaction humaine directe, est un facteur majeur de risques. "Les processus automatisés gérés par des algorithmes, tels que l’évaluation des prestations par les consommateurs, les évolutions des modalités de rémunération, les règles d’attribution des courses ou encore les sanctions infligées aux livreurs, génèrent une organisation du travail à risque pour leur santé." En outre, les travailleurs font les livraisons de repas à deux roues, le plus souvent à vélo, ce qui favorise la pratique d’une activité physique intense dans un environnement urbain. Ainsi, ces derniers font face aux conditions météorologiques (pluie, vent, chaleur, etc.), aux pollutions atmosphériques et sonores, à la circulation routière, empruntent des chemins peu adaptés aux vélos. L’agence a également indiqué qu’en raison de leur statut majoritairement d’indépendant, des revenus souvent instables et bas et d’un possible isolement social, les livreurs ne bénéficient ni d’une politique de prévention des risques adéquate, ni d’une protection sociale suffisante.
TMS, épuisement, maladies respiratoires… "Des effets à court, moyen et long termes sur la santé des livreurs"
"Sur la base des données rassemblées et de ses analyses, l’Agence conclut à des effets à court, moyen et long termes sur la santé physique et mentale des livreurs de repas des plateformes numériques." Dans le détail, ils souffrent de troubles musculosquelettiques (TMS) causés par une mauvaise ergonomie "humain-vélo", de traumatismes dus aux accidents de la route ou aux chutes pendant la livraison et de problèmes de santé mentale (stress, fatigue, épuisement) liées à la pression constante des notifications, à l’isolement et à l'absence de relations professionnelles stables. Ces travailleurs vont également développer des troubles du sommeil, des maladies métaboliques, respiratoires ou cardio-vasculaires lié à l’activité exercée en horaires atypiques et à l’environnement de travail.Face à ces données alarmantes, l’autorité sanitaire a souligné l’importance de faire évoluer la réglementation pour améliorer la santé et la sécurité des livreurs. Ainsi, elle recommande de rendre obligatoire, pour ces travailleurs, l’application des dispositions en matière de santé et sécurité prévues pour les salariés dans le Code du travail.