Consommation
Comment les sodas peuvent provoquer une addiction au sucre
La consommation régulière de sodas modifierait physiquement l’intestin pour maximiser l’absorption du sucre. Une "addiction moléculaire" qui expliquerait pourquoi il est difficile de s’en sevrer.

- Par Stanislas Deve
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- LiliGraphie / istock
Plus on consomme du sucre, plus on conditionne son organisme à en vouloir toujours plus ? Une nouvelle étude du Tata Institute of Fundamental Research, en Inde, révèle un effet particulièrement insidieux des sodas et autres boissons sucrées : elles ne se contenteraient pas d’ajouter des calories et de nous faire prendre du poids, mais modifieraient physiquement notre intestin pour favoriser l'absorption du sucre. Les chercheurs parlent d'une véritable "addiction moléculaire", qui expliquerait pourquoi il est si difficile d’arrêter de consommer ces boissons, et du sucre en général.
Un corps reconfiguré pour absorber le maximum de sucre
Publiée dans le Journal of Nutritional Biochemistry, l’étude a observé des souris consommant de l'eau sucrée à 10 %, une concentration comparable à celle des sodas commerciaux, pendant trois mois. Résultat, les rongeurs ont développé une intolérance au glucose et une résistance à l'insuline, ainsi que des modifications de leur intestin, notamment un allongement des villosités intestinales, structures responsables de l'absorption des nutriments.
Dans le détail, les chercheurs ont constaté une augmentation importante de l'expression des transporteurs de sucre dans l'intestin des souris qui consommaient du sucre, optimisant ainsi l'absorption du glucose... au détriment d'autres nutriments essentiels comme les protéines et les lipides. "La consommation de sodas provoque une addiction moléculaire intestinale menant à une absorption déréglée des sucres, favorisant des maladies comme le diabète et l'obésité", peut-on lire dans un communiqué.
Outre l'intestin, le foie et les muscles des souris ont également présenté des altérations mitochondriales, perturbant leur métabolisme énergétique. La production accrue de radicaux libres dans le foie pourrait notamment favoriser l'insulinorésistance, enclenchant un cycle vicieux de troubles métaboliques.
Un sevrage du sucre plus difficile
Alors qu’aux États-Unis, près de la moitié des adultes boivent au moins une boisson sucrée par jour, cette étude montre donc que cette consommation régulière ne se résume pas à un simple apport en "calories vides", mais altère la façon dont notre corps traite les nutriments ou régule l'insuline. Un problème s’ajoute à cela : à mesure que l’intestin se transforme, le sevrage du sucre devient encore plus complexe. "Si l'intestin s'est physiquement adapté à une absorption maximale du sucre, il est logique que l'arrêt des sodas soit particulièrement difficile", expliquent les chercheurs.
A noter que l'impact varie également selon le sexe : les souris mâles ont pris plus de poids, tandis que les femelles ont montré des perturbations plus marquées du métabolisme des graisses, ce qui pourrait expliquer certaines différences dans les taux d'obésité et de diabète entre hommes et femmes.